Depuis le vote de juin, une phrase circule dans les newsletters et les fils LinkedIn : « l'AI Act est reporté à 2027 ». Elle est exacte pour une partie du texte, et trompeuse pour celle qui concerne le plus grand nombre d'entreprises. L'échéance du 2 août 2026 n'a pas bougé pour l'obligation la plus transversale du règlement.
Le calendrier vient tout juste d'être figé, et tard : le texte modificatif est entré en vigueur le 27 juillet, à trois jours de la date qu'il était censé clarifier.
Ce que le règlement 2026/1744 a changé, et quand
Le « Digital Omnibus sur l'IA » — de son nom réel, le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 — a été publié au Journal officiel de l'Union le 24 juillet et est entré en vigueur le 27 juillet 2026, au troisième jour suivant sa publication. Cette entrée en vigueur accélérée est assumée dans le texte : il fallait sécuriser le calendrier avant l'application générale de l'AI Act.
C'est la première modification formelle de l'AI Act depuis son adoption en 2024. Le calendrier consolidé est le suivant :
- 2 août 2026 — transparence (article 50), régime de sanctions, autorités nationales de contrôle. Non reporté.
- 2 décembre 2026 — marquage des contenus de synthèse (article 50-2) pour les systèmes génératifs déjà sur le marché ; entrée en vigueur des deux nouvelles pratiques interdites.
- 2 décembre 2027 — obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III, au lieu du 2 août 2026.
- 2 août 2028 — IA intégrée à des produits relevant déjà de la législation européenne de sécurité des produits (annexe I).
La raison de ce report tient moins au lobbying qu'à un constat pratique : les normes harmonisées n'étaient pas finalisées et plusieurs États membres n'avaient pas désigné leurs autorités compétentes. Difficile d'exiger une conformité dont les outils de mesure n'existent pas encore. Un report n'est pas une annulation pour autant — les exigences haut risque restent à préparer, avec seize mois de marge supplémentaire.
Ce qui s'applique le 2 août : l'article 50
L'article 50 tient en une idée : une personne doit pouvoir savoir qu'elle a affaire à une machine, ou à un contenu fabriqué par une machine. Il vise quatre situations distinctes.
L'interaction avec un système d'IA. Un utilisateur qui dialogue avec un chatbot, un assistant vocal ou un agent conversationnel doit en être informé — sauf si la situation est manifeste pour une personne normalement attentive. La formulation compte : c'est une information à donner au moment du contact, pas une mention perdue dans les conditions générales d'utilisation.
Le marquage des contenus de synthèse. Les fournisseurs de systèmes générant du texte, de l'image, du son ou de la vidéo doivent apposer un marquage lisible par machine permettant de détecter que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement. Une exception existe pour les systèmes qui remplissent une fonction d'assistance à l'édition standard sans altérer substantiellement les données d'entrée ni leur sémantique — un correcteur orthographique n'est pas concerné.
Les deepfakes. Les contenus qui ressemblent à des personnes, lieux ou événements réels doivent être signalés comme artificiels.
Les textes d'information publiés. Certains contenus générés par IA et publiés pour informer le public sur des sujets d'intérêt général entrent également dans le périmètre.
Le délai de grâce est important à comprendre : les systèmes d'IA générative mis sur le marché avant le 2 août 2026 ont jusqu'au 2 décembre 2026 pour satisfaire aux obligations de marquage. Et les deepfakes déjà produits avant cette date n'ont pas à être étiquetés rétroactivement.
Les sanctions deviennent effectives à la même date
Le 2 août n'est pas qu'une date d'application : c'est aussi celle à laquelle le régime de sanctions et les autorités nationales de contrôle deviennent opérationnels.
L'article 99 organise trois niveaux. Les pratiques interdites de l'article 5 relèvent du plafond le plus élevé — 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial. Les manquements aux obligations de transparence de l'article 50 relèvent du plafond intermédiaire : 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires mondial annuel, le montant le plus élevé étant retenu. La fourniture d'informations incorrectes ou trompeuses aux autorités relève d'un troisième plafond, plus bas.
Ces chiffres sont des maxima, pas des tarifs. Le règlement impose des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives, et énumère les facteurs à pondérer : taille de l'opérateur, caractère intentionnel ou négligent du manquement, degré de coopération, mesures techniques et organisationnelles déjà en place, actions correctives. La situation des PME et des jeunes entreprises doit être explicitement prise en compte.
L'article 4 a été réécrit — plutôt en votre faveur
Passé inaperçu dans la communication autour du report, l'article 4 sur la maîtrise de l'IA a changé de nature. Dans sa version applicable depuis février 2025, il imposait de garantir un niveau suffisant de compétence chez les personnes chargées d'exploiter les systèmes d'IA. Depuis le 27 juillet 2026, il demande de prendre des mesures soutenant le développement de cette compétence.
Le glissement d'une obligation de résultat vers une obligation de moyens change la charge de la preuve. Il faut toujours documenter ce qui a été fait — sessions de formation, consignes par rôle, traces de diffusion — mais plus démontrer qu'un seuil de maîtrise a été atteint. Pendant environ dix-huit mois, les opérateurs auront été soumis à une règle plus stricte que celle en vigueur aujourd'hui.
Ce qu'il faut avoir fait avant dimanche
Pour une organisation qui utilise de l'IA sans en développer, quatre actions couvrent l'essentiel :
- Recenser. Un inventaire des systèmes d'IA en usage : lequel, pour quoi, sur quelles données, quel service, quel responsable métier. Sans cette cartographie, aucune obligation n'est décidable — et c'est le document que l'on vous demandera en premier.
- Signaler les interactions. Chaque point de contact conversationnel doit annoncer la nature du système. Une phrase au premier message suffit ; elle doit être visible, pas enfouie.
- Traiter les contenus générés. Identifier ce qui est produit ou substantiellement retouché par IA et diffusé, et prévoir le marquage. Le délai de décembre s'applique aux systèmes déjà en service, pas à ce que vous mettez en ligne maintenant.
- Documenter la sensibilisation. Au titre de l'article 4 nouvelle version : ce qui a été proposé aux équipes, à qui, quand.
Ce n'est pas un chantier de plusieurs mois pour une PME. C'est un chantier de quelques jours, à condition de commencer par l'inventaire plutôt que par la documentation.
Être en règle n'est pas être en sécurité
Un dernier point, souvent confondu. L'article 50 impose de la transparence : dire ce que l'on utilise, marquer ce que l'on produit. Il ne dit rien de la robustesse du système déployé.
Un assistant parfaitement conforme — bandeau d'information affiché, contenus marqués, registre à jour — peut se faire extraire son prompt système en trois messages, révéler une clé d'API qui y avait été collée, ou déclencher un appel d'outil hors de son périmètre. Aucune de ces failles ne constitue une infraction à l'AI Act. Toutes constituent un incident de sécurité, avec les conséquences habituelles : fuite de données, atteinte à l'image, exploitation en chaîne si l'agent dispose de droits sur d'autres systèmes.
Les deux sujets se traitent séparément et dans cet ordre : la conformité a une échéance légale, la sécurité a une échéance qui dépend de l'attaquant. C'est précisément la logique de l'offre AI Red Team : mise en conformité article 50 d'un côté, test offensif des agents de l'autre.
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